Réchaud camping : ce que j’emporte pour quatre jours en autonomie

Portrait de Gaspard FerrieuPar · 15 août 2026

Un réchaud camping se juge au quatrième jour, pas au premier. Le premier soir, tout fonctionne, y compris le matériel médiocre. C’est quand la cartouche est à moitié vide, qu’il fait huit degrés, que le vent tourne et qu’on a les mains froides que les différences apparaissent. Ce qui suit vient de trois traversées de quatre jours dans les massifs corses, pas d’un comparatif de catalogue.

Le réchaud camping que j’emporte

Un brûleur à vis sur cartouche, soixante-dix grammes, posé directement sur le filetage. Une casserole de huit cents millilitres en aluminium anodisé avec un couvercle qui sert d’assiette. Un pare-vent en aluminium souple, vingt-cinq grammes, qui change tout. Un briquet et des allumettes dans un sachet étanche, parce qu’un allumage piézo finit toujours par lâcher, en général le troisième jour.

L’ensemble pèse trois cent dix grammes sans la cartouche. Une cartouche de deux cent trente grammes couvre quatre jours pour une personne, à raison de deux litres d’eau chauffés par jour. J’ai mesuré ça sur trois sorties en pesant la cartouche au départ et au retour, pas sur une fiche technique.

Ustensiles de camping: casserole en métal, cuillère en bois sur un plateau bleu.
Ustensiles de camping: casserole en métal, cuillère en bois sur un plateau bleu.

Les deux systèmes que j’ai abandonnés

Le premier était un réchaud à alcool, très léger, silencieux, sans cartouche à transporter ni à rapporter. Il m’a plu deux saisons. Il a perdu quand j’ai compris deux choses : le temps de chauffe double dès qu’il y a du vent, et l’alcool est difficile à doser. On en emporte toujours trop ou pas assez, et le trop est du poids liquide qu’on porte quatre jours pour rien.

Le deuxième était un système intégré avec échangeur thermique, très efficace sur l’eau bouillante et parfaitement inutile pour autre chose. Il faisait bouillir un demi-litre en deux minutes et brûlait systématiquement tout ce qui n’était pas de l’eau, parce que la flamme est concentrée et la casserole fine. Je l’ai revendu après un dîner de riz carbonisé au-dessus de Zonza, un soir où j’avais très faim.

Ces deux abandons disent la même chose : un réchaud de bivouac itinérant doit être polyvalent avant d’être performant. Gagner quatre-vingt-dix secondes sur l’eau bouillante ne sert à rien. Pouvoir mijoter vingt minutes à feu doux sert tous les soirs.

Le calcul du gaz, fait avant le départ

La règle que j’applique est de soixante à quatre-vingts grammes de gaz par jour et par personne, pour deux repas chauds et une boisson. En Corse, en été, je retiens la borne basse parce que l’eau de départ est déjà tiède et que l’air ambiant ne refroidit pas la casserole. En avril ou en octobre, je prends la borne haute sans hésiter.

Ce calcul se fait avant de partir, et pas à l’estime. Une cartouche vide au troisième soir d’une traversée de quatre jours transforme les deux derniers repas en pain et fromage, ce qui est supportable, et le café du matin en rien du tout, ce qui l’est moins.

Quatre jours, une personne, été

Gaz : une cartouche de 230 g, revenue à peu près au tiers plein. Eau chauffée : environ 2 litres par jour. Repas chauds : deux par jour, plus un café le matin. Pare-vent : utilisé les quatre jours, sans exception. Poids total du poste cuisine, cartouche pleine comprise : 540 grammes. Altitude moyenne des bivouacs : 900 à 1 200 mètres.

Équipement de survie et randonnée : boussole, lampe, sifflet, couteau, mousquetons, sac.
Équipement de survie et randonnée : boussole, lampe, sifflet, couteau, mousquetons, sac.

Le pare-vent, qui vaut largement son poids

Vingt-cinq grammes d’aluminium souple réduisent la consommation d’un tiers environ sur les emplacements exposés, et les emplacements en Corse sont souvent exposés. Je le plie autour du brûleur en laissant un passage d’air, jamais fermé complètement sur une cartouche à vis : la chaleur renvoyée sur la cartouche est le seul vrai risque de ce montage, et il est réel.

Cette précaution m’a été expliquée par un gardien de refuge dans les Pyrénées, et je la répète telle qu’il me l’a dite, parce qu’elle n’est écrite nulle part sur l’emballage. Il m’a montré une cartouche déformée pour appuyer son propos, ce qui est plus convaincant qu’une notice.

Le froid, qui change les chiffres

Une cartouche de gaz butane-propane perd de la pression quand elle refroidit, et la perte devient sensible en dessous de cinq degrés. En Corse en été, cela ne concerne que les matins de bivouac en altitude, mais cela les concerne pour de bon : j’ai vu un réchaud mettre sept minutes à faire bouillir ce qu’il expédie en trois l’après-midi.

La parade tient en deux gestes. Garder la cartouche dans le duvet la nuit, ce qui suffit presque toujours. Et la poser sur un support isolant plutôt que directement sur la pierre froide, un morceau de tapis de sol de dix centimètres carrés faisant l’affaire.

Ce détail explique une bonne partie des écarts entre les autonomies annoncées et les autonomies constatées. Un fabricant mesure à vingt degrés, pas à six.

Le poids des rations

Compter cent vingt grammes de féculent sec par repas, ce qui est plus que ce qu’on mange en ville et moins que ce qu’on croit vouloir le troisième soir. Sur quatre jours, le poste nourriture pèse environ deux kilos deux cents, huile et fromage compris.

Ce que je cuisine réellement

Rien de compliqué. Semoule ou pâtes courtes, qui cuisent vite et donc consomment peu, avec de l’huile d’olive, des fruits secs et du fromage de brebis acheté en chemin quand c’est possible. Le matin, café et flocons. Le midi, froid, toujours, parce que sortir le réchaud à la pause de midi coûte vingt minutes qu’on ne rattrape pas.

Je prépare les rations à la maison, pesées, dans des sachets séparés. Cela paraît maniaque et cela évite de porter un paquet de pâtes entamé pendant quatre jours.

La sécurité, brièvement

On ne cuisine pas sous la tente, jamais, même sous l’abside, et la règle vaut aussi par mauvais temps. Le monoxyde de carbone ne prévient pas. Les recommandations générales sur les risques domestiques liés aux appareils à combustion sont rappelées sur service-public.fr, et elles s’appliquent sous une toile encore mieux que dans une cuisine.

Cafetière italienne et réchaud de camping sur un rocher, montagnes floues
Cafetière italienne et réchaud de camping sur un rocher, montagnes floues

Ce que ça change sur le terrain

Un poste cuisine fiable fait qu’on mange chaud le soir où l’on est trop fatigué pour cuisiner. C’est exactement ce soir-là que ça compte, et c’est le seul argument qui tienne. Le reste du temps, n’importe quel réchaud ferait l’affaire.

Le choix de l’emplacement pèse autant que le matériel, et j’y suis revenu dans mes notes sur les aires de bivouac en Corse-du-Sud. Pour le détail d’une nuit réelle avec ce matériel, c’est dans le récit des deux nuits au-dessus de Marignana.