Si je devais recommander un seul mois pour marcher dans l’intérieur de la Corse, ce serait mai. Pour qui prépare des vacances printemps 2026 et hésite entre avril, mai et juin, la recommandation tient à quatre conditions qui ne se trouvent réunies qu’à ce moment-là, et qui se défont assez vite ensuite.
L’eau coule encore
C’est le point qui change tout et c’est celui dont on parle le moins. En mai, les ruisseaux portés sur la carte coulent pour la plupart, et les sources de versant sont en eau. En août, les mêmes points sont à sec une année sur deux et l’autonomie en eau devient le premier critère de construction de l’itinéraire.
Marcher avec deux litres plutôt que cinq change la nature de la journée. Trois kilos de moins sur le dos, c’est une heure de fatigue en moins à la fin de la troisième étape, et c’est surtout la liberté de choisir son emplacement de nuit sans que la proximité d’une source soit le critère dominant.

Le maquis est en fleurs
Les cistes, les genêts et les arbousiers fleurissent à peu près en même temps, et l’odeur du maquis en fin de matinée est une chose dont je n’arrive pas à parler sans tomber dans l’excès. Je m’en tiendrai donc aux faits : c’est fort, c’est partout, cela dure trois à quatre semaines, et cela s’arrête net quand la chaleur s’installe.
Il y a un effet secondaire moins plaisant : les insectes sont nombreux et les tiques actives. Je traite mes vêtements avant de partir et je me contrôle chaque soir, ce qui prend deux minutes.
Vacances printemps 2026 : la fenêtre utile
Du 5 au 30 mai environ, avec une nette préférence pour la deuxième quinzaine. Avant, les versants nord gardent de la neige au-dessus de quinze cents mètres et les ruisseaux sont parfois trop gros pour être traversés à gué. Après, la chaleur monte vite et les sources commencent à baisser dès les premiers jours de juin sur les versants exposés.
Cette fenêtre vaut pour l’intérieur moyen, entre six cents et quinze cents mètres, c’est-à-dire pour les itinéraires qui relient les villages. Les traversées en altitude obéissent à un autre calendrier, décalé de trois à six semaines.
Les cols bas sont dégagés, les hauts ne le sont pas
En dessous de mille cinq cents mètres, la neige est partie début mai la plupart des années. Au-dessus, elle tient en versant nord jusqu’à la mi-juin, parfois plus tard selon l’hiver. C’est une distinction que beaucoup de visiteurs ignorent, parce qu’il fait vingt-deux degrés à Ajaccio et qu’on en déduit un peu vite que la montagne est praticable.
Les conditions de fin de saison et les bulletins par massif sont publiés par Météo-France, et il faut les lire plutôt que de se fier à la température en plaine, qui ne dit rien de ce qui se passe à mille huit cents mètres en versant nord.

Les jours fériés de mai, qui changent la fréquentation
Mai compte plusieurs ponts, et les sentiers proches des routes se remplissent ces week-ends-là, y compris dans l’intérieur. Je décale systématiquement d’une semaine quand je peux. En milieu de semaine, hors pont, j’ai croisé trois personnes en deux jours de marche ; le samedi d’un pont, une trentaine sur le même itinéraire.
La côte est vide
C’est le bonus de la saison. Une plage de Corse-du-Sud à la mi-mai ressemble à ce qu’elle est le reste de l’année, c’est-à-dire presque déserte. L’eau est froide, entre seize et dix-huit degrés, ce qui exclut la baignade longue mais pas la baignade, et le contraste avec la même plage en août est difficile à croire quand on ne l’a pas vu.
Les commerces saisonniers n’ont pas tous ouvert, ce qui demande d’acheter dans les villages plutôt que sur le front de mer. Pour qui marche, cela ne change pas grand-chose.
Ce qu’il faut accepter
Les jours sont plus courts qu’en juillet, d’environ une heure et demie, ce qui se sent sur une étape de six heures avec une heure de retard. Une partie des gîtes n’a pas ouvert. Et les orages de fin d’après-midi sont fréquents en mai, plus qu’en août, avec une montée rapide qui laisse peu de temps pour redescendre d’une crête.

J’ai écourté deux sorties pour cette raison, dont une où j’ai vu l’orage se former en vingt minutes au-dessus du Coscione. On ne discute pas avec ça, on descend.
Ce que je mets dans le sac en mai
Par rapport à l’été, trois différences. Une couche chaude supplémentaire, parce que les nuits descendent à cinq ou six degrés à mille mètres et que le vent de mai est froid. Une veste réellement imperméable plutôt qu’un coupe-vent, à cause des orages. Et moins d’eau, ce qui compense largement le poids des deux premiers.
Les chaussures comptent plus qu’en août : les sentiers sont gras dans les versants nord, les gués sont plus hauts, et l’herbe mouillée en dévers est le terrain sur lequel on glisse le plus. Je prends une semelle à crampons marqués, pas des chaussures d’approche sèches.
Ce qui fleurit, et quand
Les cistes ouvrent les premiers, vers la fin avril en basse altitude, puis gagnent en altitude au rythme d’environ cent cinquante mètres par semaine. Les genêts suivent, les asphodèles tiennent plus longtemps. À la mi-mai, on peut suivre la floraison en montant : le bas est déjà passé, le haut commence.
C’est une des rares choses pour lesquelles l’altitude se lit directement dans la végétation, et cela donne un repère de saison plus fiable qu’un calendrier. Un versant où les cistes sont en bouton est en retard d’une quinzaine sur le fond de vallée.
Et avril, alors
Avril fonctionne pour les itinéraires bas, en dessous de mille mètres, et pour les villages. Les jours sont plus courts encore, le temps plus instable, et une partie des cols reste fermée. C’est une saison honnête pour qui connaît déjà le secteur et sait renoncer. Ce n’est pas celle que je conseillerais pour une première venue.
Pour l’ordre dans lequel organiser un séjour mêlant montagne et côte, j’ai détaillé ma méthode dans un billet sur les vacances qui commencent par une montée, et pour le détail d’une traversée de plusieurs jours, dans la traversée de la Cinarca.